LADITE FLOLIE

 

Interview de l'artiste Françoise Duvivier par Andres Komatsu
Tous les collages sont de F. Duvivier

Bonjour Françoise. Tous les entretiens que j'ai pu lire te concernant datent du début ou du milieu des années 90. Nous sommes en 2022. L'époque a changé, le bug de l'an 2000 est passé et n'a pour ainsi dire jamais eu lieu. Je me permets donc de te poser la question suivante : comment te définirais-tu humainement et surtout artistiquement ? Qui est la Françoise Duvivier d'aujourd'hui ?
Françoise : Le bug de l'an 2000, n'eut jamais lieu comme nous pouvons le constater alors, je suppose être moi-même un bug. La Françoise Duvivier d'aujourd'hui est une survivante et je vous demande simplement de survoler ce travail qui figure un grand NON à notre réalité établie ou normalisée. Je suis esthétiquement touchée par cette force du NON qui m'inspire à former des collages. J'insiste sur l'appellation collage qui me fut inspirée par les mouvements Dada et Brut.

1985 est une année charnière dans ton parcours car tu as décidé qu'il n'y aurait plus de couleurs dans tes créations, du moins dans tes collages. Dans un entretien, tu as dit que « l'obscurité et le noir profond » te sont un jour apparu comme « l'expression véridique de ce monde, de notre monstruosité ».
Françoise : En effet et je me souviens de cette interview. Ils le sont toujours. J'y ajoute la sensualité de la teinte noire qui reste ma teinte préférée dans la vie car j'aime me vêtir de noir, aussi. J'estime que nous sommes tous en deuil.

T'est-il arrivé de changer d'avis à ce sujet ?
Françoise : Non pas du tout ou pas encore.

Prenons Francis Bacon pour exemple. À travers ses œuvres il est parvenu à montrer les facettes les plus sombres de l'humanité dans des couleurs se prêtant rarement à cet exercice (le orange, le rosé, le violet).
Françoise : En effet, Bacon a su exprimer ces facettes sombres dans l'humanité. J'apprécie beaucoup cet artiste et d'autres, dont Arnulf Rainer qui pratique la peinture afin de quitter la peinture, un acte qui me concerne de près lorsque je visionne ma vie et mon art.

Ce qui fascine le plus dans ton travail c'est la répétition, la constance avec laquelle tu produis (si je puis me permettre d'employer ce mot) Celle.ux qui te suivent sur les réseaux sociaux, notamment facebook, peuvent quotidiennement découvrir tes collages. Parfois plusieurs sont publiés le même jour. Toi dont on connais si peu le travail de par je présume son absence de concessions, qu'est ce qui te motive à continuer cette exploration que tu mène depuis toutes ces années ?
Françoise : Ma réponse est simple : je suis addict à mon art et j'en ai physiquement besoin. De mon vécu, je ne distingue aucun arrêt total dans cette ladite folie. J'ai cependant vécu des périodes terribles dans certains centres psychiatriques par l'abus de neuroleptiques. Mais j'ai toujours réussi à me relever. Avec le temps, je me suis rendu compte que cet état d'apparence soumise était un entêtement rageur voir révolté .
Et j'accorde l'expression de tes mots car il y a une répétition dans ma façon de créer. Certaines images ou collages ont leur origine dans certains rêves dont certains ont leur origine dans l'enfance . À tout cela, s'ajoute le fait que j'ai été plongé dans un profond coma lorsque l'on m'a amené en soins intensifs suite à une tentative de suicide. Ce coma fut comme tétanique et m'a amené (renversé dans le texte) dans le non-dit - (non) pas d'images stéréotypées de tunnel, de membres du cercle familial ou autre. Mes images perçues furent traumatiques et personnelles, je me souviens intensément de ce coma, et selon moi, notre cerveau est plus qu'une machine... par expérience vécue dans ce trip d'enfer !


Souvent lorsqu'un artiste est présenté dans les médias traditionnels, le parcours scolaire est mentionné, mis en avant. Toi tu as souvent souligné le fait que tu appartenais à la famille des autodidactes. Pourrais-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?
Françoise : J'admets ta pensée. Mais sincèrement, je ne me considère pas autodidacte. Je pense que le monde est davantage peuplé de ces gens hors-commun. Et lorsque je me dis moi-même autodidacte, c'est à cause de mon éducation car mes parents m'ont interdit toutes études dans la sphère supérieure. Et ce que je suis aujourd'hui ne provient que de ma propre quête. Elle est faite d'obsessions et d'intérêts que je désire, souvent particuliers. Je n'ai « subi » aucune forme d'études et si cela m'a valu une perte de confiance terrible, j'en ai tiré l'expérience de mon art ou de mon ressenti.

J'ai découvert ton univers à travers une série de collages réalisés pour les éditions Blockhaus. Pourrais-tu m'en dire un peu plus sur ces multiples collaborations ?
Françoise : Oui, une partie de ma vie s'est faite en leur compagnie et je considère ce collectif comme sublime. C'est une rencontre avec des soleils noirs dans le cosmos. J'ai réalisé d'autres collaborations dans les musiques dites nouvelles. Activité que je continue (le dernier CD de Scum/Unsustainable Social Condition par exemple). 


À plusieurs reprises tu t'es associé à des musiciens de la scène industrielle (Dive) ou expérimentale (Kuniyoshi Yamada). Toi qui disait jadis travailler en musique, cette méthode pour créer est restée la même ? As-tu des recommandations à nous faire concernant des groupes/artistes que tu écoutes en ce moment ?
Françoise : Outre Dive, j'ai participé à d'autres manifestations à travers l'écriture mais surtout la musique, cette même musique que j'écoute en travaillant mon art. En écrivant cette interview, je suis en train d'écouter Shredded Nerve - Existence of God.

À une époque, tu publiais un fanzine qui s'appelait Métro Riquet dans laquelle nous pouvions y trouver des chroniques d'albums, des interviews et même plusieurs de tes collages . Est-ce que l'envie d'échanger avec un public à travers ce type de médium t'est revenue depuis que le dernier numéro est sorti en 1991 ?
Françoise : Cette idée de créer une petite publication me vint lorsque j'étais active dans le Mail Art*. Je n'ai jamais pris au sérieux cette publication. Cependant mon intérêt pour ces musiques dites nouvelles m'engagea davantage dans mes convictions vis à vis de notre culture trop officielle. J'ai eu envie de changer cette façon d'agir et je me suis davantage investi dans mon art. Et l'envie de créer une autre publication me revint à travers mon site web dans lequel, j'ai contribué à plusieurs interviews dont celles pour Lazarus Corporation et Brume. Pour aller plus loin, oui, j'ai toujours envie d'échanger !


Où peut-on retrouver ton travail ? As-tu des actualités à nous partager ?
Françoise : Mes actualités sont plutôt négatives car mon travail est actuellement censuré sur Facebook, ce qui m'est habituel en tant qu'artiste dans notre sphère sociale. Mon travail ne peut se voir nulle part, dans aucune galerie ni salon. Cependant, je continue de créer. On peut trouver mon travail sur mon site si ça vous dit et un peu plus ou si l'on me connaît intimement .
http://damagedcorpse.com 

 

*Le mail art est un moyen de communication, une correspondance artistique qui utilise les services de la poste : l'art d'envoyer des lettres. Le contenu et l’enveloppe deviennent ainsi un support d'expression artistique. 

 

LADITE FLOLIE

Ladite Folie, Françoise Duvivier par Andres Komatsu. Interview de l’artiste Françoise Duvivier par Andres Komatsu
Tous les collages sont de F. Duvivier. Entretien exclusif pour Bad to the Bone, média indépendant parisien.

Ladite Folie Françoise Duvivier Andres Komatsu, LADITE FOLIE, Bad to the Bone

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