animas
Photographies : Andrea Graziosi
Né en 1977, Andrea Graziosi grandit à Loreto, village du centre de l’Italie et important lieu de pèlerinage, dont l’atmosphère spirituelle marque durablement sa sensibilité. Entre le milieu des années 1990 et 2004, il s’engage dans la culture underground à travers plusieurs projets collectifs dédiés aux arts expérimentaux.
En 2004, il obtient un diplôme en Lettres et Philosophie à l’Université de Bologne, avec une thèse intitulée “La transgression de l’image ou les images de la trasgressions dans la photographie des années ‘90”, distinguée par une mention spéciale du jury. Il s’installe ensuite à Strasbourg puis à Paris, où il travaille entre 2004 et 2010 dans le domaine de l’image pour le cinéma de fiction, la publicité et les clips musicaux.
En 2010, il se consacre pleinement à la photographie après une formation à l’École de l’Image des Gobelins. Il développe depuis une pratique d’auteur en parallèle de commandes professionnelles. Son travail interroge les relations entre l’être humain et les autres formes de vie, à travers des notions ontologiques telles que le devenir- animal, l’étrangeté et les états liminaux, accordant une place centrale à livre photographique.
En 2015, il publie Nunc Stans – La Sainte-Victoire aux éditions André Frère. Son projet ANIMAS reçoit plusieurs distinctions internationales entre 2022 et 2023, dont le Prix Polyptyque, le Gomma Grant (UK), le Prix Maison Blanche et une Mention honorable au Hariban Award à Kyoto.
Actuellement, il travaille sur de nouveaux projets d’édition.
Animas est un projet qui cherche cet espace fragile :
l’instant où l’homme affronte sa part animale,
où la peau devient symbole,
où le masque ouvre un passage.
Animas explore cette frontière.
Entre l’instinct et la conscience.
Entre la capture et la libération.
Entre ce que nous montrons
et ce qui, en nous, demeure indompté.
« Mon travail artistique naît d’un désir profond de tisser des liens avec ce qui est autre : le vivant, ce qui vibre, et ce qui échappe à l’intellect. La photographie est devenue pour moi un langage d’exploration ontologique, un moyen de franchir les seuils entre le tangible et l’invisible, non pour reproduire le réel, mais pour raviver une connexion avec un principe archaïque et sacré, une force originelle dont notre monde semble avoir perdu la mémoire.
Je développe une pratique qui ne se limite pas à représenter, mais qui agit et ouvre des espaces de perception. Un art qui s’adresse moins au mental qu’au corps, aux zones souterraines de l’âme. Mes recherches récentes s’orientent vers les rites et cultes ancestraux, perçus comme des tentatives d’accès à des mondes non humains et intemporels. Ces pratiques nourrissent une réflexion autour du devenir-animal, des états liminaux et des fractures entre le connu et l’inconnu.
J’adopte une narration fragmentaire : chaque image agit comme un plan suspendu, chargé de tension et de silence. Je cherche moins à raconter qu’à convoquer des états d’attention et de trouble.
Cette approche rejoint ma vision personnelle de la photographie. Pour moi, la photographie est capable d’évoquer des idées, des sentiments, de raconter des rêves et des pensées, grâce à sa voix particulière — une voix que seuls les yeux et l’âme peuvent filtrer en dialoguant avec l’invisible. L’art de photographier n’est pas mystique par elle- même, mais le devient par la transcendance que l’homme inspiré lui attribue. Elle épouse la forme que la volonté de l’artiste lui confère.
Nourri par des lectures scientifiques et anthropologiques, le cinéma expérimental, la musique experimental et mes propres expériences — méditation, transe, immersion dans la nature — mon travail vise à créer des espaces de contemplation, invitant à interroger notre place dans le monde et la nature du réel. »
Andrea Graziosi
