Koska lesnaa




Extrait des Images de la Fin du Monde : Chroniques de Mervecgorod publié au Diable Vauvert en 2020.
Par Christophe Siébert.


Le soir je me rends au musée en bus mais le matin je préfère rentrer à pied. Une heure de marche dans l’air glacé et les odeurs de pollution congelées par la nuit. Je sillonne les petites rues, plus intéressantes que l’avtostrada. Je vois les cafés ouvrir et les travailleurs diurnes quitter à regret leurs domiciles. Le rose et l’orangé du soleil levant percent à travers le plafond anthracite formé par les nuages, les fumées des usines et les milliards de micro-particules, et colorent le monde de nuances extraterrestres et irréelles, échappées des cauchemars d’une créature sous-marine qui n’aurait jamais vu la surface de la Terre. C’est le moment le plus poétique de la journée. Après ça peu importe la saison ou la météo : la lumière renonce et les couleurs disparaissent, absorbées par la crasse. Certains matins, au lieu de rentrer directement chez moi je m’offre un détour par l’ancienne gare routière, à mi-chemin du musée et du prospekt 43 où je vis. C’est là que se trouvent ceux que j’appelle les koski lesnié, bien que « chats égarés » serait un terme plus adéquat.



 

Koska Lesnaa – Texte par Christophe Siebert, Photo par Hervé Coutin.

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