Gaahl



Texte & Visuels Hervé Coutin
Créations originales de visuels à partir de portrait de Gaahl par Peter Beste et d'images trouvées sur internet.


 
 
C’était il y a quinze ans mais je m’en souviens comme si c’était hier. Avec mes parents on était parti faire le tour des fjords de Norvège en bateau un printemps. J’avais alors 13 ans, je me rappelle qu’il faisait encore très froid et que les ponts du bateau qui nous emmenait d’une ville à l’autre en longeant les rives étaient souvent glacés. Il y avait une ambiance très calme, tout était silencieux, il n’y avait que le ronronnement sourd et continu du moteur du ferry. Le matin, au réveil, de la buée s’était déposée sur les hublots et l’air de la cabine était humide. C’était vraiment difficile de sortir de dessous la grosse couverture marron qui grattait mais tenait bien chaud. Pour aller à la salle où on prenait le petit déjeuner il fallait longer une coursive qui donnait sur l’extérieur. Je restais toujours quelques secondes à regarder le silence, sentir le vent froid me siffler dans les oreilles. Je trouvais ça beau, sauvage et apaisant ce paysage désert et encore pris dans la glace.

Au bout d’une dizaine de jours de croisière, nous avons fait escale dans une ville qui s’appelait Bergen. Elle était connue car de grands navigateurs vikings étaient partis de là, ils avaient vogué jusqu’en Angleterre, au Groenland et sans doute en Amérique en longeant les côtes par le Nord. J’ai eu l’impression que quelque chose était différent dans cette région du pays, comme une sorte de lenteur ou une espèce de sagesse hors du temps, séculaire. Je n’arrivais pas vraiment à comprendre ce que je ressentais face à ces montagnes encerclées de mer mais je m’y trouvais bien, les éléments s’y déployaient pleinement, bruts.
Notre tour prévoyait une halte de quelques jours dans la ville et un guide nous conseilla d’aller sur un des sommets proches afin d’avoir une vue d’ensemble qu’il nous garantissait impressionnante. Il s’appelait Sören, il devait faire une tête de plus que mon père qui n’était pas petit, il avait de longs cheveux d’un blond éclatant, parlait avec un fort accent très étrange mais plutôt sympathique et portait des bijoux traditionnels norvégiens. Il ressemblait à l’idée dont je pouvais me faire du roi Ragnar. Il nous avait indiqué un chemin à suivre pour arriver à un sommet en moins de deux heures en partant du centre-ville. Avant que l’on se mette en route il nous mit en garde de ne pas nous écarter du sentier car la nature était immense et on pouvait facilement s’y perdre.
 
 
Après plus de deux heures à crapahuter dans la neige, en marchant contre le vent avec quelques flocons qui dansaient autour de nous, on ne distinguait toujours pas la cime. Il ne semblait ne pas y avoir de fin à cette marche contre les éléments. Mais au bout d’un moment le chemin s’élargissait, les arbres se faisaient moins denses et on aperçut des traces de pas dans la neige. Comme arrivées de nulle part on les voyait devant nous. Mon père se retourna et dit que l’on devait être proche de l’arrivée. Il semblait un peu inquiet aussi. Il faisait de plus en plus froid, le vent redoublait d’intensité et la neige tombait maintenant abondamment recouvrant nos traces de pas derrière nous.
 
À environ 200 mètres devant on pouvait distinguer une petite cabane en bois, sorte d’apparition étrange dans le blizzard. Mon père nous cria à ma mère et moi qu’on allait s’y réfugier quelques instants pour se réchauffer avant de redescendre. Soudain, une silhouette sombre se dessina devant la maisonnette. Mon père se mit à lui faire de grands signes et lui brailla quelque chose en anglais, il nous encouragea à presser le pas pour retrouver cet individu bizarre qui malgré les gesticulations de mon père ne bougeait pas. Quelques minutes pus tard on se trouvait face à lui. Un géant de deux mètres, entièrement vêtu de noir, les cheveux très longs et noirs ainsi que sa barbe. Il portait tout un tas de bijoux, bagues, bracelets, colliers, tous avec des runes inscrites dessus. Ses yeux d’un bleu perçant me glacèrent, mon père aussi se figea, bredouilla quelques mots, tenta de tendre une poignée de main à l’homme qui ne bougeait toujours pas. Il n’y avait plus aucun bruit, plus de vent ni de neige, un calme total et morbide. Le froid s’était durci et pénétra mes os. Le colosse lui ne portait presque rien sinon une espèce de chemise noire et une veste en peau mais il ne semblait pas souffrir du froid… Au bout d’un moment il se tourna, ouvra la porte de la loge et y pénétra, nous le suivirent alors sentant l’odeur du bois qui brûlait dans l’âtre. Une chaleur moite nous enveloppa. L’homme avait pris place devant le feu, sur une petite chaise qui semblait supporter son poids comme par magie. Je voyais les flammes dansaient lentement dans ses yeux, le regard fixe, immuable.
Il représentait l’éternité de ces montagnes, leur puissance, avec quelque chose de sombre, d’atrocement étrange qui se dessinait sur son visage, sa noirceur m’envahit, le peu de lumière en l’absence de fenêtre et l’atmosphère très chargée me plongèrent dans un demi-sommeil, sorte de transport accompagné par des forces obscures. Mes parents aussi avaient l’air groggy, comateux, pourtant mon père tenta d’articuler à grands peines quelques remerciements, les mots s’échappaient de sa bouche sans force. Ma mère me tendit une gourde dont l’eau me glaça les dents et me sortit de ma léthargie. C’est difficile de dire combien de temps nous sommes restés là dedans, en tout cas plus aucun mots ne furent prononcés et lorsque nous sommes sortis, dehors il faisait beau. Mes yeux peinaient à rester ouverts dans ce flot lumineux. Nous sommes repartis vers la ville, la descente se déroula très vite, dans le silence, juste quelques oiseaux piaillaient au-dessus de nous et par moment de la neige tombait des arbres poussée par le vent. Une fois de retour au bateau, Sören nous accueillit avec un grand sourire malicieux, “Alors, vous y êtes allés là haut ?” Il nous dit ça d’un air complice, attendant notre réaction, mon père prononça juste un “oui, c’est très… sauvage”. Sören ria alors et dit d’un ton enjoué “ah vous l’avez croisé alors”. Sans rien ajouter de plus, on passa à côté de lui et on prit la direction de nos cabines, exténués et comme enivrés par cette sortie. En nous éloignant, je jetais un oeil en arrière à Sören qui souriait doucement d’un air paisible de connivence.
 
 
 
 
 
 

 

Mystic Mountains is a cycle dedicated to this strange place where our fantastic and dark memories are.

Mystic Moutains – Gaahl – Texte & Visuals Hervé Coutin – Original visual creations made from pictures of Gaahl by Peter Beste and random pics found on internet

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